La mère Paysanne - Poème


Elle passe l'année à travailler

Sous le soleil ardent, elle pioche, le dos plié

Des jours durant, elle creuse, remue, émiette

La terre pétrie, remuée dans tous les sens

La terre remodelée avec patience et persévérance

Un tracé rectiligne, une rigole profonde…, des sillons à perte de vue

 

 Ce matin, elle a troqué son boubou multicolore

Contre un haillon défraichi

Lequel d’entre vous lui donneriez tort

D’avoir fait corps avec dame nature

Il y a longtemps, elle s’est affranchie

De l’idée folle de vivre dans la démesure

 

Ses bras fermes remuent sans répits

Les fonds et les tréfonds de la terre d’ici

Habile, hardie

Intrépide paysanne

Femme courage

La dernière Mohicane

Oracle des âges

 

Toute la journée, sous le soleil ardent

Le dos plié, elle répand

Des graines au fond d’un trou

Du bric-à-brac, un soc en acier, un manche en bois   

Une simple houe !

Pour faire des milliers de trous dans des sillons nus

 

Le soir venu, son corps endolori

Meurtri

Ployé

Réclame avec emphase d’être choyé

 

Tous les jours à Toukou

Kalfou

Doreissou

Moundou

 

Dans une clairière ensoleillée, féérique,

Une femme paysanne à la beauté angélique

Laboure avec constance

En songeant à des milliers de bouches à la recherche d’une pitance

 

  1. Irène Gaouda
  2. Ode à la mère de l'humanité
  3.  Illustration (Paul Jeffrey)





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