Fondio Maurhy, le peintre ivoirien au carrefour des mondes
Le parcours de Fondio Maurhy est celui d’un artiste qui a su dompter l’académisme pour mieux s’en affranchir. Si ses années à l’INSAAC et le mentorat de figures tutélaires comme Tamsir Dia ou Youssouf Dekimbirila ont forgé sa technique, c’est dans l’exploration autodidacte et l’étude des maîtres (Picasso, Van Gogh) qu’il a trouvé sa voix. Son passé de dessinateur de bandes dessinées — où il créait déjà des figures de justiciers comme Corneilus — imprègne encore aujourd’hui sa capacité à raconter des histoires sur la toile. Sa parenthèse musicale avec « The Winners » semble avoir légué à sa peinture un sens inné de la composition et du rythme.
Au cœur de l’œuvre de Maurhy réside une figure centrale : la femme. Ce choix n’est pas uniquement esthétique ; il est le reflet d’une reconnaissance personnelle envers celles qui ont jalonné et soutenu sa vie. Pour l'artiste, la femme est un territoire d'exploration infini.
Là où d'autres verraient des accessoires, Maurhy déchiffre des symboles. Le motif d'un pagne, la courbe d'une chevelure ou l'éclat d'un bijou ne sont jamais purement décoratifs : ils sont porteurs de valeurs et de sens. En plaçant la femme au centre de sa création, il l'érige en pilier du monde, la présentant comme le "soutien le plus important" et la source de solutions aux maux de l'existence.
L’originalité de Fondio Maurhy réside dans sa remise en question constante du support. Refusant la platitude de la toile classique, il a développé une technique de relief mixte qui fait dialoguer la 2D et la 3D.
Sa palette est celle d'un chercheur de textures faits de pigments naturels, huile et acrylique, carton, papier mâché et, plus étonnant, granulés de café qui viennent donner une épaisseur organique à ses œuvres. Cette approche transforme chaque tableau en un objet sculptural où la lumière joue avec les aspérités, rendant hommage à la complexité des sujets qu'il traite.
Le peintre a exposé son travail lors de plusieurs manifestations culturelles internationales et nationales. L’œuvre de Maurhy a également trouvé un écho particulier dans le cadre prestigieux du Couloir des Arts (Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire), en collaboration avec la Windsor Galerie.
Cet espace, véritable pont entre les artistes émergents et les collectionneurs, offre le décor idéal à une œuvre qui, comme Abidjan elle-même, est résolument tournée vers la modernité tout en restant ancrée dans une identité profonde.
Fondio Maurhy ne se contente pas de peindre ; il bâtit des ponts entre son passé de bédéiste-musicien et son présent de plasticien accompli. Une œuvre vibrante, texturée, qui célèbre la vie à travers le prisme d'une féminité sacralisée.
Irène Gaouda, à Abidjan










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