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Quand le carton retrouve sa mémoire d'arbre, la métamorphose écologique d'Irène Gaouda

 


"Rien ne se perd, tout se transforme." Si la maxime de Lavoisier est célèbre, Irène Gaouda a décidé de l'appliquer au pied de la lettre. Avec son dernier dessin, elle nous offre une leçon de créativité où le support raconte une histoire aussi forte que l'image elle-même. 

De l'éphémère à l'éternel

L'histoire de cette œuvre a commencé de manière banale, presque triviale. Une paire de chaussures à talons compensés, un achat plaisir, et son inévitable emballage : une boîte en carton rigide. Pour la majorité d'entre nous, le destin de cet emballage aurait été la poubelle.

Mais Irène Gaouda a eu un autre réflexe, celui du « pas de côté ». Au moment de jeter, elle a vu dans ce déchet un potentiel. Armée de ciseaux, elle a découpé le carton pour en extraire une toile vierge, prête à accueillir une nouvelle vie.

Le sujet choisi par la dessinatrice ne doit rien au hasard. Sur ce morceau de carton, fabriqué à partir de pâte à papier et donc de bois, Irène a choisi de dessiner... des arbres. L'œuvre représente neuf arbres feuillus se détachant sur un ciel d'azur parsemé de nuages. Les teintes de vert, vibrantes, contrastent avec la texture brute et granuleuse du carton recyclé qui transparaît par endroits.

Il y a là une symbolique puissante, presque un acte de résurrection. En dessinant une forêt sur du carton, elle rend à la matière transformée son aspect originel. Elle rappelle au spectateur que ce déchet a été vivant, qu'il a été nature avant d'être emballage. C'est un retour à la source, un cycle qui se ferme harmonieusement.

Au-delà de l'esthétique, ce dessin est un parfait exemple de l'upcycling (ou surcyclage). Contrairement au recyclage classique qui demande de l'énergie pour broyer et transformer la matière, le surcyclage valorise l'objet tel quel en lui donnant une valeur supérieure.

Ce petit tableau nous enseigne deux choses essentielles pour la protection de l'environnement. Premièrement, on n'a pas toujours besoin d'acheter du papier neuf coûteux et polluant à produire, pour créer de la beauté. Deuxièmement, chaque déchet peut être un point de départ créatif.



Au fond, ce geste créatif ne vient-il pas bousculer nos certitudes sur l'écologie ? En métamorphosant une banale boîte de chaussures en fenêtre sur la nature, Irène Gaouda ne nous prouve-t-elle pas que la protection de l'environnement n'est pas uniquement l'affaire des grandes industries ou des législations lointaines ?

Et si la véritable transition commençait ici, dans l'intimité de nos foyers, par une simple révolution du regard ? Sommes-nous encore capables de voir, dans ce que nous nous apprêtons à jeter, non pas un déchet encombrant, mais une ressource en attente, une texture à exploiter, une toile à devenir ?

Face à ce carton devenu forêt, l'interrogation demeure, vibrante : qu'attendons-nous pour cesser de subir notre consommation et commencer, nous aussi, à réenchanter nos déchets?

Note critique, Said Bellali


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